LAMOUR – Er Miloér (BNC/Avel Ouest/Coop Breizh)

ARKAN – Kan de zansein  barh en ti (BNC)

La vague celtique des années 1990 a permis de diriger tant bien que mal les projecteurs médiatiques sur de nouvelles formes de métissage musical, dont celles combinant instruments et chant traditionnels avec la  technologie actuelle et les musiques électroniques. Si les noms de STONE AGE, Denez PRIGENT ou KOHANN ont été relayés par les médias comme les fers de lance de la tendance électro-breizh, ceux de LAMOUR et d’ARKAN ont injustement subi l’amnésie ou l’ignorance de ces mêmes médias. Pourtant, ces deux formations-soeurs (on y retrouve les mêmes musiciens) sont assurément initiatrices du genre. Dès la fin des années 1980, elles ont chacune réalisé des SP mariant chant et danses traditionnelles aux machines. Et malgré un passage sur le label Last Call diffusé par Wagram (avec An Nor pour ARKAN et Sanzao pour LAMOUR) qui leur a assuré une plus large distribution, nos deux pionniers ne semblent pas avoir été davantage reconnus pour leurs apports créatifs. Ils ont donc aujourd’hui repris le chemin de l’autoproduction underground, ce qui leur confère au moins une liberté totale de mouvement.

LAMOUR est le groupe du multi-instrumentiste vannetais Pascal LAMOUR, sonneur de biniou et de bombarde de formation, doublé d’un herboriste et d’un philosophe et qui a touché à pas mal de genres musicaux, se retrouvant ainsi sur les disques de MIOSSEC ou de Roland BECKER. On se souvient sans doute que ses albums Continentales et Sanzao mêlaient, dans un élan alchimique peu commun, la musique traditionnelle bretonne aux sonorités orientales (indiennes, iraniennes) et à l’électronique, témoignant d’un projet moderniste aux accents pluri-ethniques à cent coudées au-dessus des naufrages d’un DAO DEZI.

Avec Er Miloér, LAMOUR poursuit ses expérimentations de trip-world celtique, peaufinant encore davantage son style, qu’il a lui-même nommé «kan-dub», soit la conciliation du chant («kan») breton avec l’expression dub, dérivée du reggae, et auxquels se joignent des éléments trip-hop, ambient et orientaux. Usant du studio comme outil de composition, Pascal LAMOUR assure ainsi le chant, les programmations, les samples, les guitares, les cornemuses, les bombardes, les whistles, les cuivres, etc., mais est aussi accompagné d’autres musiciens : Raphaël CHEVALIER aux violons, Mourad AÏT ABDELMALEK aux percussions et batterie, Eric TROCHU aux claviers et Pascal POTTIER à la guitare électrique. A l’orientation «électro-fusion» de la musique s’ajoute une vision philosophique centrée sur le concept du miroir («miloér» en breton), en tant que reflet de notre évolution, et notamment celle des Bretons d’aujourd’hui. Thèmes et chants d’inspiration traditionnelle bretonne narrent l’histoire des Poul Pikan, korrigans locaux confrontés tant à leur passé qu’à leur avenir, et ravivent les images du «miroir aux fées» de la fôret de Brocéliande, et de l’Ile aux Moines. Mais le miroir étant aussi voyage vers d’autres civilisations, on ne s’étonnera pas d’entendre également (dans Internoz) des chants d’enfants tibétains... Le voyage est court (à peine 20 minutes), mais les échos qu’il renvoie sont profonds.

La formation ARKAN remonte quant à elle à 1995 et est née à Rennes dans le sillage du collectif RROSE SELAVY (Salut Marcel !). Fondée conjointement par Eric «ERT» TROCHU et Pascal LAMOUR, elle compte en ses rangs Mourad Aït ABDELMALEK (aussi présent dans LAMOUR) et François POSSEME. Après un premier album paru chez Last Call/Wagram en 1997 (An Nor), ARKAN retourne à l’instar de LAMOUR au format mini-CD. Kan de zansein barh en ti («chant à danser à travers la maison») célèbre en panoramique les noces des musiques ethniques et des musiques électroniques au travers d’une écriture polymorphe et confondante. Des mélodies celtiques ont ainsi tôt fait de se parer d’effluves orientales (Androdub), tandis que les chants jonglent avec l’anglais, le breton ou le sanskrit... Mais la musique d’ARKAN se distingue aussi par sa propension aux rythmiques plus «boostées», générant une transe aux mouvements sauvages, notamment quand elles sont soutenues par une guitare pyromane et une cornemuse rustique, comme dans Taran.

Tant chez LAMOUR que chez ARKAN, l’éclectisme et l’ouverture sont des notions-clés qui ne trahissent cependant pas les expressions traditionnelles, mais les inscrivent dans une réflexion ancrée dans l’ici et le maintenant. Ces deux groupes ont assurément initié la «world-fusion celtique» et continuent, même dans l’ombre, à lui insuffler un élan vital.

Contacts :

* LAMOUR : BNC Productions - 4, rue Porte Poterne - 56000 Vannes.

* ARKAN : Arkàn Association - 21, rue St-Hellier - 35000 Rennes. E-mail : eric.trochu@laposte.net   

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