LAMOUR Pascal

1/Parle nous plus en détail de ton projet, par rapport à Arkàn

Mon projet s'appelle " Er miloér " : le miroir.

Le miroir (spéculum) a donné le nom de spéculation : c'était à l'origine l'observation du ciel et le mouvement des étoiles. De là vient que le miroir, en tant que surface réfléchissante, est le support d'un symbolisme extrêmement riche en Bretagne comme ailleurs. La Bretagne dont je parle n'est pas celle de la World Music ou du folklore, mais celle des Bretons au quotidien : leur adaptation au monde, leurs transformations culturelles, leurs problèmes économiques, leur volonté de préparer pour leurs enfants une culture polyvalente...
Le miroir transmet une image changeante de celui qui le regarde, et entraîne une réflexion sur le temps et l'espace. Qu'il soit magique, déformant, fêlé, il n'est toujours qu'un reflet virtuel.
J'ai essayé d'aborder ces questions dans l'album.

Pour illustrer cette recherche, je continue la voie tracée avec les autres albums : à savoir une fusion entre l'électronique et l'acoustique. Afin de ne pas me retrouver classé dans une chapelle qui caractériserait plus ou moins bien ma musique, j'ai tenu à proposer un terme : le Kan-Dub. Ce terme est un mélange des mots bretons " kan " (le chant) associé au mot anglais dub.

Le kan ou chant en Breton a été longtemps une base de survie de notre musique traditionnelle. Associé à une réponse appelée diskan, le " kan ha diskan " a en effet traversé le temps. Le résultat ou Kan Dub correspond à une écriture Dub mélangée à des influences trip hop, ambiant... Les basses profondes soutiennent des textes écrits en breton vannetais. J'écris ces histoires dans l'esprit du 18 ème et 19 ème siècle où la séquence répétitive s'articule autour de textes simples. Le message est très court, mais le sens très important.

Enfin, sur scène chaque morceau est lié à une image vidéo et une diffusion-lumière adaptée.

Pour réaliser ce disque je me suis entouré d'autres musiciens :
Raphaël Chevalier au violon
Mourad Ait Abdelmalek : batterie, percus,
Eric Trochu : Fx, Mixage
Eric Trochu, François Possémé : production artistique
On retrouve donc sur ce disque tous les membres de groupe Arkàn.

2/ tes inspirations

En ce qui concerne les textes, les inspirations sont multiples.
Il peut s'agir de l'actualité quotidienne, de lectures, de films ou simplement de rencontres...
La Bretagne et son actualité permettent en effet des visions variées qui peuvent aller vers la mythologie celtique ou druidique, la philosophie, la sociologie mais aussi vers les témoignages de nos parents ou amis.
Enfin tout romantisme est permis ; les vivants croisent les morts, les korrigans haranguent les passants, les sorciers s'adressent au monde, les brouillards diluent et confondent cieux et terres...
Pour la musique, je pars sur un thème que je fais tourner, et je laisse ensuite l'inspiration et le temps faire leur effet. Il est difficile de parler de source d'inspiration, mais le fait d'écouter beaucoup de musique, sans préjugés et dans tous les domaines a certainement une influence inconsciente que je ne peux pas définir.


3/ le label

Bnc Productions est une entreprise que j'ai créée en 1994.
Au départ, ce label ne présentait que mes créations et celles du groupe Arkàn.. Depuis 1998 le label dispose d'un studio d'enregistrement et de ce fait a pu développer des collaborations avec d'autres structures et orienter des lignes d'échanges entre musiciens.

Le label propose entre autre aujourd'hui les groupes suivants :
Arkàn, Anissa et Mars drive, Lamour, Celtic Connexion, Plantec, Duo Lamour-Le duff

J'ai ouvert ce label afin de réaliser des projets en toute indépendance, en prenant le temps nécessaire et en privilégiant les échanges entre musiques et musiciens. Tous les albums ont un point commun : une inspiration traditionnelle et une volonté d'ouverture à la modernité, notamment par l'utilisation de l'électronique.

4/ d'où t'es venue l'envie de faire ce projet, alors que tu es déjà avec Arkàn ?

Le projet Arkàn est né de ma rencontre avec Eric Trochu, suite à la réalisation de mon 1er album " Continentales ". Arkàn est un creuset au sein duquel on peut proposer, mais aussi tester des choses, donc grandir musicalement tout en conservant la liberté de continuer ses recherches. Cette démarche très ouverte fait que chacun peut réaliser ses projets et bénéficie de l'aide des autres ; ce qui est mon cas sur " er miloér ". Je continue donc simplement mon chemin.

5/ tes projets futurs

J'ai prévu la sortie du prochain album pour avril 2003.
Certains morceaux sont déjà terminés.
Je souhaiterais que l'on réalise un clip, un peu comme sur les albums précédents.
Si j'ai la possibilité et le temps, j'aimerais publier les notes qui sont et qui seront à l'origine de ce prochain album où la part chamanique et la part de transe seront très présentes.


6/ Pascal Lamour Qui es-tu ?

Il est toujours difficile de parler de soi. Cependant la musique que je réalise est intimement liée à ma culture et à ma formation.
Je suis le résultat du quotidien de trois aspects de ma vie : apothicaire, penseur et musicien.
J'utilise sciemment des mots anciens pour définir ce que je suis parce qu'ils correspondent mieux à ma réalité. Dans la pratique de mon métier de musicien, je suis plutôt un alchimiste : au-delà de la compétence professionnelle moderne, je partage avec les auditeurs un savoir traditionnel, que j'ai assimilé, comme un élément de ma culture familiale rurale. Aujourd'hui, tous ces éléments de ma vie, que j'ai reçus en héritage, s'entremêlent et je les prends comme ils viennent.
Mon but : prendre du plaisir à faire les choses et amener les gens à éprouver ce plaisir eux-mêmes. Essayer de trouver une idée ultime qui fasse comprendre le temps aux gens.
Ma musique est issue de tous ces bouts de quotidien ajoutés les uns aux autres. Tout ce que je fais est le résultat, au-delà du travail, du partage. J'ai besoin d'être entouré par ma famille bien sûr mais aussi par des équipes dans la musique. Tout cela s'articule sans peine parce que je suis arrivé à un point où j'accepte d'exprimer mes idées.

Pour ce qui est de ma formation, voici un CV qui permet de situer un peu le chemin qui aboutit au "miroir " d'aujourd'hui.
J'ai commencé par étudier la musique traditionnelle bretonne au contact des anciens, et j'avoue que j'ai eu beaucoup de chance car j'ai croisé des musiciens extraordinaires, qui faisaient partie d'une génération qui transmettait ce qu'elle avait reçu sans aucune modification.
Ensuite, j'ai reçu une formation classique au conservatoire. Dans le même temps j'ai obtenu un doctorat de Pharmacie, et je me suis spécialisé en médecine traditionnelle. J'ai complété cela par des études de philosophie afin d'essayer de comprendre d'où vient notre savoir et d'avoir les outils pour l'expliquer.
Aujourd'hui je ne fais que de la musique, et je considère le studio comme un instrument de composition. Mes rencontres (Arkàn en particulier), la curiosité et ma passion pour l'électronique ont fait le reste pour être ce que je suis maintenant .

7/ que penses tu des fanzines

Pour moi les fanzines sont très importants. Ils sont une fenêtre ouverte sur la liberté d'écriture dans une époque où certains pouvoirs mass médiatiques tentent de laminer et mettre à égalité (parfois proche de zéro d'ailleurs) tous ceux qui essaient d'avoir une réflexion sur ce qu'ils font. L'économie et le marché ont pris une telle place dans la presse musicale d'aujourd'hui qu'il ne reste plus d'espace pour la découverte.
Je tiens d'ailleurs à apporter mon soutien dans votre démarche afin qu'elle continue.

8/ y a t il un message dans les compos ?

Comme je l'ai dit précédemment, le texte est très important.
Bien sur, nombreux sont ceux qui ne comprennent pas la langue, mais j'ai observé en particulier lors des concerts qu'ils sentaient le message.
Le fait de chanter en Breton et de réaliser ce type de musique est déjà par lui-même un message

9/ meilleur souvenir

Il y en a beaucoup.
Faire de la musique est un grand privilège. Fédérer des gens proches autour d'un projet et créer de ce fait un bloc afin de proposer notre travail est quelque chose d'extraordinaire. Je suis content de le toucher des doigts régulièrement.
Dans ces cas-là le public est avec nous et c'est magique.
Les lieux qui me viennent à l'esprit sont : les vieilles charrues de Carhaix, les jeudis du port Brest, festival Art Rock, festival Veysonnaz en Suisse, le Tnb à Rennes, la Corse, Mutzig, la résidence à l'Aire libre...

10/ commentaires perso

merci
betag er hetan