Interview

Pascal Lamour
L'éclectisme accompli

Qui es-tu ?

Dans la pratique de mon métier de musicien, je suis plutôt un alchimiste : au-delà de la compétence professionnelle moderne, je partage avec les auditeurs un savoir traditionnel que j'ai assimilé, comme un élément de ma culture familiale rurale. Aujourd'hui, tous ces éléments de ma vie, que j'ai reçus en héritage, s'entremêlent et je les prends comme ils viennent.
Ma philosophie s'articule autour de cette phrase : " Les choses ont une âme et je les entends pêle-mêle, sans ordre. "

Comment crées-tu ta musique ? peux-tu nous expliquer ce processus ?

En tirant parti des hasards. Je choisis un instrument en fonction de mon état d'esprit du moment et je le manipule sans réfléchir. Simplement, je le ressens. Naît une mélodie, un thème, ou un rythme, que je développe ensuite, avec d'autres instruments qu'ils soient acoustiques ou électroniques.
Je me sens un peu comme un sculpteur ou un peintre qui trace un fond ou une base avec des matériaux très divers. Je mesure de plus en plus combien les possibilités de l'informatique sont infinies.

Je suis donc dans ma musique quelqu'un de très émotionnel.

Il y a pourtant bien une unité de ton dans ta musique ?

Oui mais, à mon sens, elle est très clairement liée à ma culture. Au départ, c'est ce qui est au fond de moi qui s'exprime. Je ne réfléchis à organiser et structurer qu'ensuite.
Alors, j'élimine tout ce qui ne me paraît pas essentiel. A partir de ce qui reste je cherche un développement. Je fais toujours ce travail sur ordinateur. Je recherche les fréquences complémentaires qui composeront le morceau : basses, médiums, aigus. Quand à savoir quels instruments acoustiques ou électroniques viendront compléter l'édifice, je travaille par tâtonnement : je fais des essais.
En fait il arrive qu'au terme de ce travail, le thème du départ ait totalement disparu. Mais dans tous les cas, ce qui reste traduit encore mieux l'idée de départ, l'état d'âme initial.

Est-ce que tu aboutis seul ton travail ?


Je ferai toujours appel à des personnes extérieures pour mixer ma musique car il est important d'avoir, autour de soi des personnes qui prennent du recul. Ce qu'il faut, et c'est le plus difficile, c'est de trouver quelqu'un qui comprenne vraiment la musique, la travaille en la respectant pour la rendre encore mieux à elle-même.


Outre LAMOUR, tu joues dans le groupe Arkàn, tu joues parfois de la bombarde en couple de sonneurs, dans des festoù-noz, tu fais aussi du multimédia ; comment considères-tu tout cela ?

Chaque orientation nourrit les autres, c'est même essentiel : ces différents univers s'entrechoquent, t'emmènent vers d'autres terrains, rebondissent. Ainsi, le fait de jouer sur scène de la bombarde avec Arkàn m'a redonné le goût du fest-noz traditionnel. C'est pour moi, à la fois replonger dans mes traditions, continuer à pratiquer et aussi provoquer ma créativité. Dans Arkàn, c'est la confrontation avec les créations des autres musiciens qui repousse les limites de ma propre inspiration.

D'où t'es venu le goût pour les univers lointains que l'on ressent fortement dans ta musique " ethno-celte " ?


Il est vrai que l'on me dit toujours que je puise dans l'univers oriental, et je me suis même laissé aller à le dire. Mais en y réfléchissant bien, c'est tout autre chose. Je ne suis pas un voyageur ; j'écoute assez peu de musique orientale…
Je crois plutôt que la musique orientale et la musique bretonne puisent dans le même creuset : probablement le creuset alchimique de toutes les musiques ethniques. D'ailleurs, ces sonorités je les joue depuis que je suis enfant, et à cette époque je ne savais rien du monde extérieur. J'explorais les sons et leurs analogies.
Dans tout ça, il n'y a pas lieu de créer des chapelles, mais de rechercher ce qui, au fond, est commun.

Propos recueillis par Pascale Désagnat