|
Le nouvel album de Pascal Lamour part à la rencontre
d'une Bretagne mystique ressuscitée du fond des âges, mariage de
rituels totémiques et de musique électronique.
Rarement modernité et tradition ancestrale auront été si bien mariées.
Le disque de Pascal Lamour semble sortir de la nuit des temps. C'est
l'heure de la veillée autour d'un feu. Les chuchotements laissent
deviner un breton tribal aux accents de pierre. Le regard du visiteur
se plante dans celui des masques dessinés sur la paroi au charbon
de bois. Des lueurs illuminent les yeux qui semblent animés d'un
ondulation hallucinatoire. La fumée forme un triskel au-dessus des
flammes. On entend crépiter le feu, et les samplers renvoient l'écho
d'une flûte ancestrale.
"On pense généralement que les chamans n'ont pas existé en Bretagne,
remarque Pascal Lamour. Pourtant, si l'on définit le shaman comme
le guérisseur, mystique et migrant dans le monde des esprits, connaissant
à la fois les mondes célestes et les mondes souterrains, alors il
est bien vivant dans nos traditions." La religion chrétienne
a bien tenté "d'éliminer les caractères chamaniques : les binious
sont les instruments du diables, les danses interdites par le clergé,
les guérisseurs critiquées, les rites anciens dits "païens", les
motifs des pierres christianisés...." Mais rien n'y a fait.
"Les rituels et pratiques magiques sont encore vivaces dans les
familles, auprès des guérisseurs et des sorciers, mais aussi chez
nos anciens."
Le disque égrène 10 morceaux qui sont autant d'incantations rituelles.
Des chants initiatiques en breton vannetais ou en gaulois aux aspérités
gutturales. Sur une base rythmique aux confins de la transe, Pascal
Lamour vient poser des touches musicales où les fines oreilles reconnaîtront
un tympanon iranien, un balafon, un oud, un biniou koz... Il est
épaulé par le percussionniste Mourad Aït Abdelmalek qui utilise
tour à tour une timbale indienne, une derbouka, un hihat, un daf,
un riff, un cajon... Toutes ces pièces sont finement tressées puis
surpiquées contre une maille aux consonances plus électriques. On
remarque par ailleurs le violon de Raphaël Chevalier qui prête habituellement
ses cordes à Marie Kiss La Joue. Pascal Lamour rend également hommage
à son mentor, Jean-Marie Guéhennec, dont le chant l'a tant marqué
quand il était adolescent.
Enregistré au studio BNC de Theix (Morbihan), l'album est distribué
par Hamonia Mundi.
Contact : BNC Productions, 4, rue de la
Porte Poterne. 56000 Vannes.
|