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A la fois discret et passionné, Pascal Lamour réfléchit
aux chemins qu'il a choisis depuis 45 ans. " Tous les jours sont importants
! " Difficile pour lui de se raconter ? Non. Mais l'homme a les oreilles
si grandes ouvertes sur le monde et un cur si enraciné dans le
pays vannetais que sa vie est une riche alchimie. Aussi riche et fouillée
que sa musique. Pourtant très vite, une évidence apparaît.
Cette personnalité forte et indépendante a un parcours extrêmement
lié à ses familles : la " vraie " et celle qu'il se
construit pour la musique et pour la vie.
Quatre objets
" Je suis le fils unique d'un couple d'agriculteurs de Theix " commence
Pascal Lamour. De ses souvenirs d'enfance émergent quatre objets. Un
poste de radio : perché dans la cuisine, il chante toute la journée
Brel, Brassens, Reggiani... Un magnétophone : " Le cadeau de mes
dix ans avec lequel j'enregistre même les repas de famille ! "
Une canne à pêche et une flûte. " Je crois que mes
parents s'inquiétaient beaucoup de savoir comment occuper un enfant
". Son père lui fabrique une canne à pêche pour qu'il
s'amuse au ruisseau. Mais quand, un matin, il lui raconte " j'ai rêvé
que je faisais de la musique ", ils partent immédiatement à
Vannes acheter une flûte.
Le partage d'une culture
De la flûte, Pascal Lamour passe à la bombarde au cercle celtique
d'Elven. Curieux et perfectionniste, il suit les conseils des anciens : "
Si tu veux apprendre la musique, apprends la danse ". Vient alors le
temps de la vie de cercle, des concours partout en Bretagne. " C'était
fort d'apprendre la musique... et de pouvoir sortir ! " L'adolescent
discute de ses expériences avec ses parents. " Je me suis rendu
compte qu'ils savaient des choses qu'ils ne m'avaient pas transmises, parce
que la culture bretonne a été remisée quand le formica
est apparu ". Le jeune sonneur se penche aussi sur la langue. "
Pour moi, le breton était un langage secret. Celui des grands-parents
qui me gardaient la semaine quand je suis entré à l'école
à six ans. Leur univers m'a marqué : les lits-clos, la vie au
coin de la cheminée, mon grand-père, rigolard, qui prenait à
partie le crieur public... ". Pascal Lamour se souvient de ces agriculteurs
qui étaient aussi menuisier pour l'un, coiffeur pour l'autre. D'une
culture de l'accueil et de l'entraide.
Le choix d'un métier
Après la campagne, le dortoir de 70 garçons à Ploërmel
! " Rude transition ". Mais beaucoup de bons souvenirs. Les frères
de Lamennais répondent à sa soif de savoir en littérature,
en philosophie, en breton, en musique... Un bac scientifique en poche, il
choisit alors d'être pharmacien. Pourquoi s'être détourné
de la terre ? " Je déteste le tracteur. J'aurais voulu tout faire
à la main ! " Rester dans ce monde agricole où les animaux
et les champs avaient un nom. " Mes parents ont connu le remembrement,
vu le systè-me intensif se mettre en place. Ils m'ont poussé
vers les études et se sont lancés dans des chambres d'hôtes...
" L'arrivée en fac à Rennes est un choc. Pas seulement
parce qu'il est un des seuls fils d'agriculteurs. " J'ai découvert
une liberté inimaginable ". Alors Pascal expérimente d'autres
musiques, intègre un groupe de reggae-funk, se met à la guitare.
" Impossible de continuer le biniou en Cité U ! "
Rêves cristallisés
Mais les projets s'arrêtent en même temps que sa voiture. Dans
l'accident, son visage est complètement balafré, un doigt hors
d'usage. " Je ne pouvais plus être ni commerçant, ni musicien.
Ce jour-là, je suis devenu adulte, je me suis cristallisé ".
Sans voie, Pascal se réfugie au milieu des siens. Là, un accordéon
diatonique lui prouve que son doigt n'est pas mort et, peu à peu, le
jeune homme retrouve son visage. Les rêves ne sont plus seulement des
possibles, ils sont le chemin que Pascal Lamour ne veut plus quitter. Après
une thèse sur l'histoire des plantes dans le Morbihan et une escale
chez un professionnel à Sarzeau, il demande à créer sa
pharmacie à Vannes en 1986. " A ma grande surprise j'ai reçu
un avis positif ". Dans le quartier de la Madeleine, à deux pas
de la boucherie de son oncle, il se lance avec passion dans ce métier
indépendant qui conjugue rencontres et sciences. L'année est
doublement importante puisqu'il devient aussi papa ! Entre homéopathie,
phytothérapie et vie de famille, Pascal Lamour reste quand même
musicien. Un cercle se construit doucement avec d'abord Mourad Aït Abdelmalek,
percussionniste, et Eric Trochu, multi-instrumentiste. C'est la naissance
du groupe Arkàn. En parallèle, Pascal travaille seul devant
ses ordinateurs à mixer, remixer, enregistrer, extraire des sons pour
" Sansao ", son premier album. Cet univers instrumental bouscule
les habitudes. Le sonneur bardé de prix ne renie pas ses racines traditionnelles,
mais il les fait cohabiter avec des rythmiques " dub " et des boucles
électroniques. Une alchimie étonnante avec laquelle il redécouvre
le monde du spectacle dans les années 1990. " Tout était
devenu complexe, plus professionnel ".
Un équipage
En 2000, taraudé par le fait de voir des gens jeunes et malades à
la pharmacie, il vend son affaire et saute le pas vers une carrière
exclusivement musicale, non sans filet : il a déjà son propre
studio et son label. Pascale, sa femme, journaliste, pianiste classique à
ses heures, est sa muse rationnelle. Ses fils, Quentin, percussion-niste,
et Hugo, tromboniste, lui apportent de nouvelles couleurs sonores. Et puis,
si certains ont le don de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, Pascal
Lamour a celui de ne pas les laisser passer. En dix ans, le sorcier s'est
constitué un équipage : musiciens, techniciens, vidéaste,
traduc-teurs, manager, photographe, éditeur musical, distributeur...
De quoi partir à l'abordage de nouveaux registres musicaux dans son
album : " Shamans of Brittany ". Comme tous les jours sont importants,
Pascal Lamour a trouvé le temps de se former au saxophone à
l'École nationale de musique de Vannes, d'approfondir sa connaissance
du breton vannetais, de replonger dans ses collectages et d'écrire
des textes. Le dub-sonneur se fait ainsi kan-rappeur pour livrer son regard
sur le monde. " Je suis un observateur qui constate que l'humanité
a un inconscient collectif incroyable. Je propose d'y réfléchir...
" Par le chant gallo, Pascal Lamour construit un pont allégorique
entre les continents, musicaux, pour qu'à l'heure du matérialisme-roi,
on puisse encore entendre ses parents dirent : " Les vaches vont parler
à minuit ". Une phrase échappée d'un monde peuplé
de symboles qu'il ne veut pas laisser s'évanouir... " Je suis
toujours sur le chemin que je m'étais fixé ", conclut Pascal
Lamour avec l'il pétillant d'un esprit malicieux.
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