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PASCAL
LAMOUR, ÉLECTRO SHAMAN
L'artiste breton fait
voyager les traditions celtiques
Cannes, le 25/01/2005 - Représentant de la scène bretonne
au Midem qui se tient actuellement à Cannes, Pascal
Lamour est l'un des acteurs incontournables de la
mouvance qualifiée de celtique. Une culture que ce
compositeur-producteur défend dans un esprit de croisement
musical, comme en témoigne son album Shamans of
Brittany, une création ancrée en pays Armorique,
mais ouverte sur le monde...
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Quel rapport y-a-t-il entre les Indiens de la forêt
d'Amazonie et les paysans bretons ? La pratique du
chamanisme. Telle est la théorie de Pascal Lamour,
ambassadeur atypique de la scène celte. Pour lui,
ce système de pensée spirituel vivace dans certaines
sociétés, notamment les peuples autochtones en Amérique
du Sud, est comparable au druidisme, une philosophie
de prêtre guérisseur que l'on trouve en terre bretonne.
Afin de démontrer cette hypothèse, cet artiste aux
allures de druide des temps modernes a récemment sorti
un quatrième album intitulé Shamans of Brittany
(Shamans de Bretagne). Quatorze morceaux qui se veulent
traditionnels dans les textes mais des plus actuels
dans l'enrobage musical. Le résultat donne un style
d'obédience "électro-celtique" que Lamour baptise
kan-dub : "Kan signifie le chant en breton.
Et dub est un mot anglais, caractéristique
de cette basse très présente dans la musique dite
dub, originaire de la Jamaïque, et qui fait
partie des musiques électroniques. Si l'artiste ne
définit pas lui-même son style, il se retrouve dans
une chapelle qui n'est pas forcement la sienne. Je
m'oppose à l'appellation celtique par rapport à ma
musique ! Je préfère parler de racine bretonne dans
un monde sans limite."
Fils d'agriculteur,
ce breton vannetais qui refuse les étiquettes marketing
se considère comme un passeur d'histoires plutôt
qu'un chanteur. Pour étayer son propos, il a effectué
des recherches de manuscrits anciens et surtout
de nombreuses rencontres avec les patriarches des
campagnes du Morbihan, non loin de Vannes. Un véritable
travail de collectage basé essentiellement sur une
transmission orale qui se perpétue aujourd'hui dans
certaines familles, y compris chez les Lamour, comme
en témoigne le titre Les Vaches vont parler à
minuit. Narré par son père dans une sorte de
voix sortie des ténèbres sur fond de beats
programmés, ce morceau semble confirmer la dimension
mystique de ces rituels ancestraux. "Cette histoire,
traduite en français, rappelle la place prépondérante
qu'occupe l'animal dans la vie. Dans le druidisme
comme dans le chamanisme, l'homme a de l'estime
pour les animaux et la nature. Car ils sont peut-être
la réincarnation d'un humain et donc d'une âme.
Ce respect de l'environnement est très important
car, ici, l'animal prend toute sa force autour de
l'individu", précise le barde.
De la médecine
traditionnelle à la musique traditionnelle
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Naturaliste, Pascal
Lamour a baigné dès son enfance dans ces croyances
rurales, que certains appellent superstitions. Une
éducation qui l'a incité à passer un doctorat de pharmacie
et une thèse sur les médecines traditionnelles, afin
de compléter de manière plus scientifique son bagage
culturel. Après avoir publié un ouvrage sur l'histoire
des plantes en Bretagne, il exerce dans une officine.
Mais très vite, il se rend compte que la science ne
répond pas à ses questionnements et abandonne le domaine
médical pour embrasser la matière musicale. Formé
d'abord aux répertoires traditionnels (cornemuse,
biniou, bombarde...), puis guitariste et saxophoniste,
ce multi-instrumentiste a domestiqué les machines
en poursuivant au fil des ses albums un chemin singulier
: alliage de sons d'hier et de technologies d'aujourd'hui.
Une manière, pour le compositeur, d'établir une passerelle
entre le monde campagnard et le monde urbain dans
le seul but de nous transporter dans les profondeurs
de l'imaginaire...
Organique, symbolique,
hors du temps, la partition de Lamour est aussi
universelle. Car ce protagoniste du choc des cultures,
loin des "fondamentalistes" d'une Bretagne bretonnante,
se considère comme "un patriote breton et fédéraliste
européen". En réalité, il dépasse largement
les frontières de l'Europe, puisque, tel un pèlerin,
ce sonneur-chanteur parcourt les continents avec
sa thérapie musicale. Au Brésil, où il vient d'effectuer
une première tournée, il a créé la surprise. "Les
Brésiliens ne connaissaient pas ma musique, pas
plus que la pop anglo-saxonne. Pourtant, le public
a réagi favorablement aux vibrations que je propose,
car il est ouvert à l'échange. De plus, j'ai trouvé
des similitudes entre, par exemple, la capoera et
nos danses, avec ce côté transe et répétitif. Même
si chacune conserve son éthique, ces deux cultures
sont cousines", constate le musicien.
Outre son oeuvre
qu'il propage aux quatre coins de la planète, ce
missionnaire est aussi un patron de label actif
qui soutient de jeunes artistes bretons avec BNC
Productions. Fondée en 1994, sa structure participe
de nouveau au Midem, avec un catalogue qui s'enrichit
d'année en année, aux côtés des onze "écuries" bretonnes
présentes sur la croisette. Pascal Lamour offrirait-il
une alternative à un courant néo-folk parfois vieillissant
avec ce mouvement revival celtique ?
Pascal Lamour
Shamans of Brittany (BNC Productions/Harmonia
Mundi) 2004
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