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| Jusquau
bout du monde avec le sorcier Joe Cocker Crozon (Finistère) |
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| Envoyé spécial. | ||
| Une marée humaine sur la prairie de Landaoudec. Des milliers de bras levés se balancent : la foule produit un effet de houle. Sur scène, Tiken Jah Fakoly sautille. Devant, une multitude déchaînée sécrie avec lui : « Africa wants to be free. » Une fois encore, le chanteur ivoirien, aujourdhui en exil, se livre à un plaidoyer pour le continent noir et à un réquisitoire contre ceux qui le pillent. Ses cibles : La Françafrique, Tonton dAmerica, les dirigeants africains actuels - « Ils ont oublié Thomas Sankara / Ils ont oublié Patrice Lumumba. » Avec un de ses principaux titres, Ils ont partagé le monde, il mêle reggae et géopolitique. | ||
| Youssou NDour, Amadou et Mariam | ||
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Le concert de Tiken Jah Fakoly, samedi soir, fut lun des moments très chauds du festival du Bout du monde, sur la presquîle de Crozon. Une 6e édition largement consacrée à lAfrique noire puisque le Sénégalais Youssou NDour ou les Maliens Amadou et Mariam se produisaient eux aussi en têtes daffiche sur la prairie de Landaoudec. Au Bout du monde, cependant, se rencontrent des musiques venues de toutes les latitudes. Pour les festivals, la tendance est au mélange des genres, au décloisonnement. À Crozon, les organisateurs ont programmé le même jour et sur la même scène Sinsemilia et Enrico Macias. Le Bout du monde nest pas une impasse mais un carrefour. Un rendez-vous de la world music. |
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| Pascal Lamour | ||
| Lui aussi venu dAfrique, Boubacar Traoré a délivré au public ses sonorités un peu mélancoliques. Le musicien malien navigue aux confins du blues, dans lequel simmiscent des rythmes plus soutenus. Il a offert un concert empreint de tendresse - « Serre-moi dans tes bras » - et des moments chaleureux, à partager. La prestation de Pascal Lamour, sur la même scène Cabaret du monde, fut dun tout autre registre, même si ce Breton sinspire de lAfrique. De sa bombarde séchappent des musiques étranges venues dailleurs. Lui-même se définit « électro-chaman ». Pascal Lamour nous fait-il son cinéma ? Il chante dans un breton que pas un seul habitant de Ploërmel ou de Loctudy ne peut comprendre. Sur des rythmes étourdissants, il entre en transe, semble atteindre un état second, brandit des grigris, tandis que des fumigènes envahissent la scène. Surprenant. | ||
| Mobilisation de toute la presquîle | ||
| Depuis les années soixante-dix, où il proclamait avec raison que Travailler, cest trop dur, Zachary Richard a fait évoluer son répertoire. Certes, il vient nous dire que les zharicots sont toujours pas salés, mais le chanteur cajun, guitare en bandoulière, se fait aussi plus grave - « Le vent marrache la peau (...) Mon pauvre bateau prend leau. » Comme une métaphore de la francophonie en Louisiane ? Quoi quil en soit, « on est ben content dêtre ensemble ». Quant à Maria Teresa, elle sexprime en portugais, ce qui est assez logique pour une chanteuse de fado qui saventure aussi du côté du Brésil. La belle jeune femme brune, à la voix si douce, parvient vite à créer une atmosphère, avec sobriété et savoir-faire. | ||
| Le festival du Bout du monde, créé en 2000, nexiste quà travers la mobilisation de toute la presquîle de Crozon. Mille trois cents bénévoles sactivent pendant la durée des concerts. Les trois scènes sont dressées sur 45 hectares de prairies, mis à disposition par des agriculteurs. En collaboration avec Jacques Guérin, grand ordonnateur de lévénement, les PresquÎliens, que lon dit pugnaces, poursuivent ainsi un projet fort qui valorise et dynamise leur pays. | ||
| Beaucoup démotion et de sincérité | ||
| Un projet réhaussé cette année par le concert de Joe Cocker. Alors quun festival comme celui de Crozon est dabord caractérisé par lenvie de senflammer, de vivre des moments fusionnels, le sorcier blanc de la soul est resté concentré sur sa musique. Sans artifice, sans effet de scène pour transcender le public. Sa voix rugueuse sinsère dans des tempos tendres. Un constant mélange doux et dur. Il débute sa prestation par Change of fool, dAretha Franklin. Joe Cocker reprend ensuite One, de U2, et plusieurs titres de son album, Heart and Soul, dans lequel il chante des morceaux popularisés par dautres gloires de la scène. Les orchestrations sont impeccables. Le bonhomme maîtrise son art, le balancement de sa musique. Avec chaleur. Le public vibre à Unchain my heart. Le vieux Joe dévoile beaucoup démotion, de sincérité, quand il interprète Whats going on, de Marvin Gaye. Puis, accompagné à laccordéon, il nous lance une supplique : Noubliez jamais. On promet. | ||
| Bruno Vincens | ||
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Article paru dans l'édition du 16 août 2005. |
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